Le chat domestique, un danger pour la biodiversité ?

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La faune sauvage, déjà en fort déclin en France, subit de nombreuses pressions d’origine humaine :
collisions avec les voitures, braconnage, empoisonnements, baies vitrées, éoliennes… mais également
la prédation exercée par le chat domestique.

Le chat domestique (Felis silvestris catus) se divise en plusieurs catégories :

  • Le chat de propriétaire
    C’est le chat le plus proche de l’humain. Il est nourri, identifié, le plus souvent stérilisé, et placé sous la responsabilité de son propriétaire, y compris en cas de dommages, de fugue ou d’égarement. La divagation de ces chats est interdite. Ils peuvent avoir accès ou non à l’extérieur. On en compte environ 16 millions en France.
  • Le chat errant et le chat libre
    Le chat errant, non identifié et non stérilisé. Le chat libre : capturé, stérilisé, identifié puis relâché. Ces chats mènent une vie semi-sauvage, dépendant des humains principalement pour la nourriture. Ils n’ont pas de propriétaire et sont considérés comme divagants. Le chat libre relève de la responsabilité de la commune ou d’une association ; c’est le maire qui prend les décisions concernant leur gestion. On estime leur nombre à environ 11 millions en France.
  • Le chat haret
    Le chat haret est un chat domestique retourné à l’état sauvage. Il vit indépendamment de l’humain et se nourrit principalement de gibier. Son effectif en France est méconnu.

L’identification est obligatoire pour tout chat de plus de 7 mois, selon l’article L212-10 du Code rural et de la pêche maritime. En 2025, seuls 9 millions de chats sont pourtant identifiés. La stérilisation, bien que non obligatoire, est fortement recommandée par les services publics, les vétérinaires et les associations de protection animale. En France, 77,2 % des chats étaient stérilisés en 2012 (74,5 % des femelles et 80,6 % des mâles).

Selon l’article L211-23 du Code rural et de la pêche maritime, est considéré comme en divagation « tout chat non identifié trouvé à plus de deux cents mètres des habitations, ou tout chat trouvé à plus de mille mètres du domicile de son maître sans surveillance immédiate, ainsi que tout chat sans propriétaire connu, saisi sur la voie publique ou sur la propriété d’autrui ».

Un carnivore taillé pour la chasse

Le chat domestique a conservé un instinct de prédation très proche de celui de son ancêtre sauvage. Même bien nourri (pâtée, croquettes), un chat de propriétaire continue à chasser, et consomme rarement les proies capturées.

L’impact des chats sur la biodiversité

La biodiversité fait face à un cumul de menaces dont le chat domestique fait partie. Il est devenu l’une des principales causes de mortalités des oiseaux et des petits mammifères devant l’empoisonnement, les pesticides ou les collisions routières. En ville, plusieurs études montrent une baisse de la diversité des oiseaux là où il y a beaucoup de chats. Dans un échantillon étudié, 26 % des oiseaux morts l’étaient à cause de la prédation féline, ce qui place le chat parmi les trois principales causes de mortalité de l’avifaune sauvage. L’UICN a dressé une liste des 10 espèces invasives qui perturbent la biodiversité mondiale, dans laquelle on retrouve le chat, le rat et l’humain.

Selon différentes études, un chat de propriétaire peut capturer en moyenne 27 proies par an, contre 273 pour un chat errant et environ 1000 pour un chat haret. Par conséquent, les chats domestiques tuent environ 324 millions de petits animaux par an en France. Les petits mammifères les plus consommés par le chat sont les rongeurs (environ 66 % des proies). Il s’agit principalement des espèces du genre Apodemus (mulots), des espèces de campagnols, la souris domestique, le rat noir et le rat surmulot. On retrouve également les chiroptères dans les
espèces chassées par le chat.

Les oiseaux constituant le deuxième taxon le plus représenté dans le régime alimentaire, représentant environ 20 % des proies. Les oiseaux constituant le deuxième taxon le plus représenté dans le régime alimentaire, représentant environ 20 % des proies.
Les oiseaux les plus fréquemment chassés sont le verdier d’Europe, la tourterelle turque, les mésanges, le merle noir, le rouge-gorge familier et le moineau domestique.

Le moineau domestique constitue l’essentiel des Passereaux consommés par le Chat domestique (58 %). Quant aux reptiles, ils représentent 10 % (essentiellement des lézards, des orvets et des couleuvres). Et de manière anecdotique, des amphibiens, des insectes, des poissons, des araignées, voire des gastéropodes. En Europe, le chat domestique impacte directement au moins 13 espèces indigènes, dont 5 espèces en danger critique d’extinction, 5 espèces en danger et 3 espèces vulnérables sur la liste rouge de l’UICN.

Chat domestique vs chat forestier

Il est essentiel de distinguer le chat domestique du chat forestier, aussi appelé chat sauvage européen (Felis silvestris silvestris). Contrairement au chat domestique introduit par l’humain, le chat sauvage est une espèce naturellement présente en Europe. Il se nourrit à 90 % de rongeurs et consomme intégralement les proies qu’il capture. Les chats sauvages européens, que l’on croyait disparus des montagnes du Jura il y a une cinquantaine
d’années, ont depuis recolonisé une partie de leur aire d’origine.
Cependant, leur retour dans des zones occupées par des chats domestiques a favorisé des croisements génétiques entre les deux. L’hybridation entre espèces sauvages et domestiques est connue et menace
l’intégrité génétique des populations sauvages. Ainsi, la présence du chat domestique pourrait entraîner la disparition du chat sauvage européen.

L’hybridation est considérée comme le croisement entre deux races d’une même espèce ou entre deux espèces différentes.

Fragmentation des populations de proies

Quand il y a beaucoup de chats dans un même endroit, les petits animaux sauvages (souris, campagnols ou autres petits mammifères) changent leur comportement : ils sortent moins, évitent certains chemins et ne traversent plus
traverser certaines zones. En conséquence, les milieux naturels deviennent comme découpés en petits morceaux.
Cette fragmentation a plusieurs effets négatifs :

  • Les petits mammifères circulent moins, ce qui réduit le mélange entre différentes populations et peut entraîner de la consanguinité.
  • Les espèces menacées ou disparues localement ont plus de mal à revenir naturellement dans ces zones.
  • Cela peut compliquer les programmes de conservation ou de réintroduction d’animaux protégés.

Ainsi, une forte présence de chats peut empêcher certains animaux sauvages de se déplacer librement, ce qui fragilise encore davantage les espèces déjà en difficulté.

Compétitions

Un seul couple de chats peut, en théorie, engendrer jusqu’à 10 000 descendants en sept ans, même en tenant compte d’un taux de mortalité de 15 % chez les chatons. Cette capacité de reproduction élevée contribue fortement à l’augmentation des populations félines lorsque les animaux ne sont ni stérilisés ni contrôlés. L’importante densité de chats exerce une forte pression de prédation sur la faune sauvage.
En diminuant l’abondance des petites proies.
Cette prédation réduit mécaniquement les taux de captures mesurés, mais surtout, elle prive les autres prédateurs naturels (rapaces, mammifères, reptiles) de leurs propres ressources alimentaires. Ce qui peut entraîner un déclin de leurs populations. Au-delà des proies directement capturées, le chat domestique crée une compétition d’habitat notamment avec d’autres carnivores occupant la même niche écologique.

Altération des processus écologiques

En chassant des animaux frugivores, les prédateurs introduits peuvent perturber les écosystèmes de manière complexe, notamment en influençant la dispersion des graines transportées par les animaux (zoochorie). Sur l’île de Porquerolles, en France, la présence de chats harets contribue à l’expansion du Figuier des Hottentots, une plante envahissante.
Les chats se nourrissent principalement de rats noirs, euxmêmes consommateurs de fruits contenant les graines de cette espèce. Comme les graines traversent sans être détruites le système digestif des chats, ceux-ci les dispersent sur de longues distances via leurs excréments, favorisant ainsi la propagation de la plante. Chez les oiseaux migrateurs, le choix d’un site de halte dépend en premier lieu de l’abondance de nourriture.

Transmissions de maladies

Bien que ces cas n’aient pas été documentés en France, de nombreuses études montrent que le chat domestique peut transmettre des maladies à plusieurs espèces sauvages. Parmi ces agents pathogènes, le FIV a notamment été transmis du chat domestique au chat-léopard au Japon et au chat sauvage d’Écosse, mettant en danger leurs populations. De plus, le parasite responsable de la toxoplasmose, dont le chat domestique est l’hôte définitif, affecte plusieurs espèces sensibles telles que la Bernache néné, le Fou à pieds rouges, la Corneille d’Hawaï, le Phoque moine, ainsi que le Manchot des Galápagos et le Cormoran aptère.

Les solutions pour préserver la biodiversité

Si les impacts négatifs de la prédation du chat sont bien documentés dans certaines situations, il est important de ne ni généraliser à outrance, ni minimiser l’influence réelle du chat domestique sur la biodiversité.
Qu’il s’agisse de chats de compagnie ou de chats errants, plusieurs actions simples permettent de réduire efficacement leur impact sur la petite faune.

Les chats de propriétaires

Quand il y a beaucoup de chats dans un même endroit, les petits animaux sauvages (souris, campagnols ou autres petits mammifères) changent leur comportement : ils sortent moins, évitent certains chemins et ne traversent plus
traverser certaines zones. En conséquence, les milieux naturels deviennent comme découpés en petits morceaux.
Cette fragmentation a plusieurs effets négatifs :

  • Stériliser et vacciner son chat, afin de limiter la prolifération féline et protéger la santé de tous
  • Aménager son jardin intelligemment, en plaçant mangeoires, points d’eau et nichoirs dans des zones dégagées, à au moins trois mètres du sol ou d’un support permettant un saut, et en créant des zones refuges inaccessibles aux chats. Interdir certains accès à votre chat en aménageant des « zones refuges »
  • Utiliser des dispositifs dissuasifs, comme les colliers à clochette, les colliers colorés ou bandanas Birdsbesafe, les collerettes type CatBib ou encore les émetteurs d’ultrasons tels que CatAlert, qui réduisent significativement les captures.
  • Réguler les sorties extérieures, en limitant le nombre de chats dehors, en instaurant un couvre feu pendant les périodes sensibles (nidification, envol des jeunes) et en évitant les sorties nocturnes.
  • Stériliser et vacciner son chat, afin de limiter la prolifération féline et protéger la santé de tous
  • Garder le chat à l’intérieur, en veillant à enrichir son environnement pour répondre à ses besoins.
  • Utiliser des dispositifs dissuasifs, comme les colliers à clochette, les colliers colorés ou bandanas
  • Birdsbesafe, les collerettes type CatBib ou encore les émetteurs d’ultrasons tels que CatAlert, qui réduisent significativement les captures.
  • Offrir une alimentation de qualité, riche en protéines animales, ce qui diminue jusqu’à 40 % les captures.

Les chats errants et harets

Des programmes d’éradication de chats existent, principalement dans les milieux insulaires où la faune l
ocale est particulièrement vulnérable. Les méthodes létales employées dans ces contextes requièrent
cependant un niveau élevé de justification scientifique : il est indispensable de démontrer, au préalable, les équilibres écologiques recherchés ainsi que les conséquences attendues de ces campagnes. Ces pratiques soulèvent par ailleurs d’importantes questions éthiques et ne font pas consensus dans l’opinion publique.
C’est pourquoi d’autres solutions, moins controversées et plus compatibles avec le bienêtre animal, peuvent être mises en œuvre :

  • La prévention des abandons (cf. ci-contre).
  • La stérilisation des chats errants et harets, dans le cadre d’actions encadrées légalement.

Il est également essentiel de rappeler l’importance de ne jamais abandonner son chat : un animal abandonné devient très rapidement un prédateur incontrôlé, avec un impact fort sur la biodiversité. En cas d’impossibilité de garder son chat, il doit être confié à une nouvelle famille ou à un refuge, et l’on ne devrait adopter un animal que si l’on peut durablement subvenir à ses besoins. Malgré les campagnes de sensibilisation et l’article 521-1 du Code pénal, qui assimile l’abandon à un acte de cruauté puni jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, la situation reste préoccupante : en 2024, 117 000 animaux ont été abandonnés, dont 74 % de chats, selon les refuges interrogés, sans compter ceux abandonnés dans la nature et jamais retrouvés.

En France, la gestion des animaux errants relève de la responsabilité des maires. L’article L. 211-27 du Code rural et de la pêche maritime prévoit qu’un maire peut organiser la capture de chats errants non identifiés, vivant en groupe sur la commune, afin de les faire stériliser et identifier avant de les relâcher sur leur lieu de capture. Cette démarche, mise en œuvre avec l’accord du maire, permet de limiter durablement la recolonisation du territoire par de nouveaux chats errants.
Ce dispositif constitue une alternative à l’euthanasie ou au placement en fourrière en partenariat avec une association de protection animale et un ou plusieurs vétérinaires. L’article 11 de la loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et à renforcer le lien entre les humains et les animaux prévoit par ailleurs la remise au Parlement d’un rapport évaluant la situation des chats errants.

Des sciences participatives pour prévenir les dégats sur la faune sauvage : Chat et biodiversité

En 2015, le MNHN en partenariat avec la SFEPM lance un projet pour pouvoir évaluer l’impact des chats sur la faune sauvage. Un site a été créé afin de recueillir des données sur la prédation du chat domestique.
L’objectif est d’identifier le régime alimentaire du chat dans différents contextes, urbains ou ruraux, selon le type d’habitat, les pratiques de nourrissage ou le degré de liberté laissé à l’animal. L’ensemble des informations collectées doit permettre d’améliorer la compréhension des écosystèmes dans lesquels ce prédateur évolue et d’affiner l’analyse de son influence sur la petite faune. Ainsi, si votre chat vous amène une proie ou que vous êtes témoin de prédation par un chat domestique, n’hésitez pas à le renseigner sur cette plateforme.

Les centres de soins de Nouvelle-Aquitaine

La prédation des chats sur la faune sauvage représente environ 11% des accueils chaque année en centre de soins faune sauvage.
Si votre chat vous amène un animal sauvage, contactez le centre de soins faune sauvage le plus proche de chez vous. En effet, pour augmenter les chances de survie de l’animal, il doit être déposé très rapidement et recevoir des médicaments. Pour rappel, seuls les centres de soins faune sauvage sont agréés à prendre en charge, soigner et relâcher les animaux sauvages locaux.

Retrouvez la méthode pour sécurisez l’animal en détresse sur notre site internet.

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